Les sixièmes face à Wonder

Wonder-affiche

Projection débat autour du film WONDER,

le 2 avril 2019 à l’espace LANDOWSKI

Les élèves des classes de 6ème du Collège Bartholdi de Boulogne Billancourt (Hauts de Seine) ont assisté mardi 2 avril à une projection du film WONDER réalisé par Stephen Chbosky, suivie d’un débat sur le thème du harcèlement en milieu scolaire. L’événement, organisé par quatre représentants de l’Association ANNA[1] grâce au concours de Mme Belliard Maire-Adjoint de la Ville de Boulogne Billancourt, Mme Bocher coordinatrice du CLSP, Monsieur Gazon Principal du Collège Bartholdi et du cinéma Landowski, avait pour objectif de sensibiliser les élèves à la problématique de la stigmatisation et du harcèlement. Ce phénomène, par sa recrudescence constatée à différents stades de la scolarisation, a en effet alerté les professionnels de l’éducation ainsi que les pouvoirs publics.

La projection a été suivie d’un débat centré tout d’abord sur les réactions des élèves face à la situation de harcèlement illustrée dans WONDER. Spontanément, les jeunes se sont interrogés sur le réalisme de la maladie[2] dont souffre le personnage central du film, August Pullman, sur les possibilités d’une intervention chirurgicale pour améliorer son aspect, sur les origines de cette maladie rare, sa possible transmission, son caractère douloureux…

Le débat s’est ensuite orienté vers les différents comportements représentés dans le film. August,  affecté d’une différence esthétique faisant de lui une cible facile alors qu’il arrive dans un environnement scolaire inconnu, est le sujet d’un harcèlement systématique entretenu particulièrement par l’un des élèves de sa classe ayant repéré sa vulnérabilité. Les scènes clefs du film ont permis de mettre en évidence le mécanisme du harcèlement: identification d’une victime, acharnement d’un ou de plusieurs élèves rendus forts par la fragilité de leur cible, la peur de plus en plus prégnante chez la victime d’être confrontée aux autres et son isolement, inévitable dans un premier temps.

L’interaction avec les élèves s’est ensuite tournée vers les stratégies possibles pour rompre cet engrenage, pouvant provenir en partie de l’enfant concerné ou des tiers. Le film fait ainsi valoir l’importance de l’auto dérision dont August fait preuve et qui suscite la sympathie de ses pairs, la camaraderie de quelques élèves qui finit par rompre le cercle vicieux de son isolement, enfin l’intervention d’adultes tels les professeurs et le Proviseur face à une situation de harcèlement avérée.

Nous avons complété les pistes illustrées dans le film par l’explication de la stratégie EN PISTE[3], préconisée par l’Association ANNA afin d’aider l’enfant à développer des ressources personnelles lorsqu’il est confronté à des relations sociales difficiles.

Faire face dans une situation anxiogène. copyright Association ANNA

L’analyse du comportement de l’élève générateur du harcèlement actif dans le film a été l’occasion d’étudier sa stratégie: il se montre fort avec celui qui présente une vulnérabilité, puise sa motivation notamment dans le désir d’être « populaire » auprès de ses camarades et de demeurer le leader à l’arrivée d’un « nouveau » qui suscite la curiosité qui, si elle est légitime face à sa différence, ne peut cependant justifier qu’elle devienne intrusive. Nous avons rappelé que les situations ne sont jamais figées et peuvent à tout moment s’inverser: celui qui, prenant un ascendant nuisible sur autrui génère une souffrance physique ou morale, peut lui-même devenir fragile dans d’autres circonstances et la cible de ses camarades. Par-dessus tout, il convient de faire un « rappel à la loi »; le harcèlement en milieu scolaire[4], devenu suffisamment récurrent pour alerter les pouvoirs publics, ne constitue pas seulement un comportement moralement inacceptable, il est également condamnable d’un point de vue pénal.

Le harcèlement en milieu scolaire se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique »

(source Ministère de l’Education nationale).

Il est essentiel de rappeler, dès le plus jeune âge, que se livrer au harcèlement ne se fait pas dans l’impunité. Les adultes, à divers degrés, ont le devoir d’intervenir pour mettre un terme à une situation génératrice de souffrance, de perte de confiance en soi, de démotivation sociale et scolaire qui, dans les cas extrêmes, peut avoir des conséquences morbides. Les parents, les enseignants, les différents acteurs pédagogiques en milieu scolaire ont un devoir de mise en oeuvre de moyens pour faire cesser une situation de harcèlement visible, ou dès lors qu’ils sont sollicités par celui qui en est victime ou alertés par un tiers.

L’intervention des adultes doit être soigneusement réfléchie dans ses modalités et prendre en considération la situation déjà fragile de celui qui est victime afin de ne pas renforcer sa vulnérabilité. Cette intervention sera donc plus ou moins directe en fonction de la stratégie qui semblera la plus appropriée. Néanmoins, il est essentiel d’intervenir lorsque le harcèlement est notoire: il est du devoir de l’adulte de manifester activement à l’enfant harcelé qu’il n’est pas seul pour affronter ce problème, et faire valoir sans ambiguïté que « c’est un problème pour toi, c’est donc un problème en soi ».

Enfin nous avons souligné le rôle déterminant des « autres » qui peuvent inverser la tendance, contribuer à briser le mécanisme du harcèlement et faire sortir de l’isolement. Il n’y a pas de « neutres », chacun a un rôle à jouer, car assister passivement à une situation de harcèlement contribue à l’ancrer.

copyright Association ANNA

En conclusion, cette projection débat a été l’occasion d’échanges très enrichissants avec les élèves qui pour la plupart sont conscients des enjeux du harcèlement. Nonobstant, ce débat a mis en évidence la dichotomie de réactions qui, dès le plus jeune âge, s’exprime dans les relations sociales en milieu scolaire : si la plupart des élèves présents ont spontanément réagi avec empathie en manifestant des valeurs humaines indiquant qu’il existe un bon terrain pour faire germer des comportements positifs face à la situation de harcèlement, d’autres ont pu la justifier par l’importance d’être « populaire » aux yeux du groupe. Intervenir dans les écoles pour éduquer concrètement et responsabiliser les élèves semble ainsi une priorité dans un contexte de multiplication de tels comportements, comme le constatent les professionnels (proviseurs, enseignants, éducateurs…) ainsi que les familles concernées et les pouvoir publics. De telles initiatives paraissent indispensables pour modifier des attitudes inacceptables humainement, socialement et légalement parlant.

En tant qu’adulte, le message que nous nous devons de délivrer fermement est qu’il n’y a pas d’impunité à agir sciemment dans le but de stigmatiser, isoler et faire violence à un enfant en s’attaquant par un harcèlement moral ou physique à une de ses fragilités, visible ou non.

Sonia Roux, Membre Fondateur d’ANNA et Professeur de Lettres


[1] Dr Béatrice de Reviers, Présidente de l’Association ANNA, Mme Hanane Douibi, membre fondateur et mère de famille concernée,  Alexandre Marqués membre chargé du groupe des Aînés, Sonia Roux membre fondateur et professeur de Lettres. Et la participation de Mme Laëtitia Domenighetti, Chargée de mission à la Filière de santé AnDDI-Rares.

[2] August Pullman est atteint de la maladie de Treacher-Collins, une anomalie congénitale du développement crânio-facial caractérisée par une malformation oto-mandibulaire bilatérale et symétrique associée à diverses anomalies de la tête et du cou.

[3] EN PISTE, acronyme pour Pensée positive, Intonation ferme mais amicale, Sourire aux autres, Tête haute, Echange de regards avec l’autre.

[4] « Le harcèlement en milieu scolaire se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique » (source Ministère de l’Education nationale).

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