Le concept de « handicap esthétique »​ a-t-il vraiment un intérêt ou ne dessert-il pas les personnes concernées ?

Par le Docteur Béatrice de REVIERS (Mai 2020)

 

Comment aider sans aggraver ? c’est bien tout l’enjeu !

 

Le « Handicap esthétique », nouveau concept qui tente d’émerger ces derniers temps ne serait-il pas un phénomène classique et complexe de conditionnement introduisant de nombreuses variables ? Voici l’équation telle qu’on pourrait l’énoncer constituée de ces multiples variables individuelles et répondant à la loi universelle du conditionnement : 

Sur un terrain particulier, qui est ici la différence esthétique congénitale de l’enfant, avec une histoire personnelle et familiale, peut s’opérer un conditionnement par des situations de stigmatisation, d’exclusion, de moqueries, d’interventions chirurgicales itératives et de regard de l’autre.

 Ce conditionnement aboutit chez certains enfants à : une souffrance induite, à des comportements inadaptés, à l’installation d’une possible mémoire traumatique ainsi que des schémas cognitifs pathologiques qui sont des sentiments de vulnérabilité, de culpabilité, de fragilité et d’infériorité.

Les réactions de ce conditionnement sont renforcées et maintenues, en durée, intensité et fréquence par des mécanismes de renforcements négatifs (RF-) tels que le déni, la fuite, l’évitement et parfois l’évitement expérientiel et/ou de renforcements positifs (Rf+) à type de sur-investissement, sur-exposition, super-héros. (les poupées inclusives la fausse bonne idée ?) 

 On sait, en thérapie comportementales et cognitives que stopper les RF+ et les RF- éteint le comportement (réactions).

Poser la question sous cet angle ouvre des perspectives considérables et je pense que cette piste mérite d’être explorée. Cela ne permettrait-il pas de répondre à un certain nombre de questions importantes : 

Le déni et l’évitement n’expliqueraient-ils pas la discrétion des plaintes dont font preuve les familles et leurs difficultés à l’évoquer ?

La constitution d’une mémoire traumatique expose l’enfant à sa réactivation, à tout moment de sa vie alors qu’il semble aller bien, et ce à l’occasion d’un stimulus qu’il associera à ses souvenirs traumatiques. Ainsi lutter contre la constitution de cette mémoire traumatique n’est-il pas un enjeu majeur pour ces enfants ? 

Peut-on exclure totalement, dans certains cas extrêmes, l’émergence d’authentiques tableaux pathologiques à type ESPT type 2 tels que Terr les a décrits et parfois même de psycho traumatismes complexes ? Ce sont des pistes à explorer sérieusement, me semble-t-il ! Encore faudra-t-il s’assurer de l’intérêt de poser de tels diagnostics pour les personnes concernées car les étiquettes diagnostiques sont dangereuses si elles n’apportent rien de concret.

 A partir de ces mécanismes, n’est-il pas judicieux d’abandonner et de proscrire le concept de « handicap esthétique » et même « d’une vulnérabilité esthétique » car les maintenir et recourir à ceux-ci ne serait-il pas un facteur de renforcement du phénomène par la stigmatisation et l’exclusion qu’ils induisent ?

En revanche revenir à un cadre simple et clairement identifié d’un conditionnement classique induisant des réponses inadaptées mais explicables n’ouvre-t-il pas des perspectives de prise en charge et de traitement adaptés ?

Et n’explique-t-il pas également pourquoi nous ne sommes pas tous égaux face à notre capacité de résilience car celle-ci est directement liée à notre histoire, aux évènements et éléments qui la constituent ?

A l’écoute des récits des naissances terriblement anxiogènes et traumatisantes, durant les réunions de familles, ne serait-il pas également judicieux de former spécifiquement les équipes médicales à ce type de naissance ?      

En conclusion

Poser la question sous cet angle, permet de comprendre que la différence esthétique serait un facteur de risque parmi d’autres mais non une fatalité dans le domaine et que tout est affaire de mesure sur ce sujet si délicat, comme les familles et les professionnels en ont bien souvent conscience. Comment aider sans aggraver ? Tel est bien tout l’enjeu !

Comprendre ce mécanisme sera la toute première étape d’une aide.

On ne naît pas avec la conscience de sa différence… On l‘acquière et parfois on la renforce par les éléments et les événements de sa vie.

En revanche créer ce nouveau concept de handicap esthétique apporte-il réellement quelque chose à la bonne compréhension du phénomène ou ne fige-t-il pas la réflexion, tout en aggravant les facteurs de stigmatisation et d’exclusion de ces enfants ?  

La création d’un nouveau concept n’a d’intérêt que s’il permet une meilleure compréhension d’un phénomène pour y apporter des réponses et une aide efficace mais certainement pas de faire souffrir et de figer des expériences diverses et riches dans une case stérile !

Gardons mesure en toute chose ! Ni trop, ni trop peu !

                                                                                 Docteur Béatrice de REVIERS

                                                                                            Le 24 novembre 2020

 

Photo_positive_exp_N
(c) Positive Exposure and Nevus Outreach, Inc.
Page 2 : english 
Page 3 : Espagnol
Page 4 : Allemand
Page 5: Néerlandais